01.09.2007
Dors petit roi
DORS PETIT ROI
berceuse pour Ariel
Dans un pays aux arbres d'or
Un petit roi va s'endormir
Il voudrait bien jouer encore
Mais il s'endort dans un soupir
A peine franchie cette frontière
Entre l'éveil et le sommeil
Que le voilà à la conquête
D'un lendemain plein de merveilles
Sous les paupières palpite un rêve
Où il chevauche un blanc coursier
Et au sourire qu'il a aux lèvres
Je le devine avec les fées
Dans son royaume imaginaire
Fait de magie et de chanson
Il va connaître le temps d'un règne
Le grand secret de nos saisons
Dans un pays aux arbres d'or
Un petit roi s'est endormi
Avec aux lèvres sourire encore
Le temps de me croire une fée
Dors petit roi...dors
Christiane Laforge
Décembre 1986
13:12 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chansons
30.04.2007
Bientôt tu vas mourir
BIENTÔT TU VAS MOURIR
Pendant que les rapaces
Te parlent de conquête
Et que tes généraux
Se couvrent de médailles
Pendant que ton pays
S'enrichit pas les armes
Et que ton père trop vieux
Les façonne au travail
Toi, tu t'en vas là-bas
Tuer un gars que tu ne connais pas.
Pendant que tes vingt ans
S'acharnent à détruire
Et que ta bouche crie liberté
Ce que tes yeux voient massacre
Pendant que ta jeunesse dort
Souillée de trop de sang
Ton président n'aspire
Qu'à gagner plus d'argent.
Bientôt tu vas mourir
Avant d'avoir vécu
Parce que tu es d'une terre
Trop vaste pour t'aimer.
Va... sois fier de ton pays
Et des crimes qu'il porte.
Juin 67
Extrait du recueil de poèmes Me taire pour parler
Éditons du Gaymont 1968
16:20 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Guerre
07.04.2007
Elle s'appelle Saguenay
II faudrait, pour en parler, des mots qui ne connaissent pas l'usure des ans, des verbes aux gestes passionnés, des pages de bouleaux, de l’encre de sève et un temps aux allures d'éternité.
Elle existe. C'est l'essentiel. Elle est vie et durée, poésie et beauté,violence et passion, aventure et conquête. La donner en des mots, à qui ne peut la voir, c'est comme vouloir expliquer la vie avec une infinité de nuances.
Tout commence au reflet de la lune sur les vagues. Il n'existe pas tellement de rivières au monde qui prennent à la mer l'humeur de sesmarées, soumises à la loi de la même attraction lunaire. Elle se nomme Saguenay. Elle a les ambitions des mers et des grands fleuves célèbres n'en possèdent ni l'impétuosité, ni la sauvagerie ardente qui l’emporte du lac Saint-Jean au fleuve Saint-Laurent.
C'est ma rivière. À moi du droit de l'amour qu'elle m'inspire. Et toutecette terre qu’elle épouse de la même caresse infinie, tout ce terroir qui l’accompagne jusqu'au sa mort dans le grand fleuve, ne serait ce qu'il est sans elle. La chaîne de montagnes, les villes et villages qui se reflètent en elle, ressembleraient à des ailleurs multiples s'il n'y avait la rivière Saguenay.
Les grands bateaux de l'océan qui flottent sur elle ne s'étonnent même plus. Ils apportent dans leur flanc une quelconque richesse, parcourant la distance, de cap en cap, sans que leur taille orgueilleuse impressionne la rivière, sans que l'artifice ait à compenser une profondeur réelle. Pour le Saguenay, nul besoin d'endiguer son élan,du fleuve à la ville, de la ville au fleuve; tout vaisseau atteint le port de La Baie si, suivant le sillon profond, il se soumet au rythme de sa marée.
Et cette rivière belle que je regarde, enrichie que je suis de sa vie, c'est l'héritage du temps. J'hérite de cette eau, aussi bien que des montagnes et des cités, des forêts et des saisons. J'hérite d'une rivière et de son importance, de sa poésie comme de son utilité. Elle est l'œuvre du temps.
Les cités y déversent leur usure des choses, des arbres, des minerais. Les bateaux y promènent leur bruit. Tandis que les poètes font le chemin de ses saisons.
Le printemps
Le printemps, c'est comme une naissance. Les glaces inégales et désordonnées de ses rives rappellent seules la fougue de la rivière. Sa surface blanche est une écorce de glace que le printemps vainc, chaque année, selon ses caprices. Et les gens s'accrochent à cette déchirure, plus qu'au vol des oiseaux, comme à une promesse de vents doux.
Lorsque la chaleur a raison du froid, la rivière brise l'épaisse couche de glace, morceaux d'hiver qui voguent vers le fleuve, saison en partance qui, petit à petit, se confondra avec les flots.
Libérée, la rivière retrouve des élans passionnés. Et, pour peu que le vent se fasse complice, elle reprend d'assaut le rivage, sculptant ses abords, imperceptiblement.
Comme une faune étrange, les formes bizarres des dernières glaces dérivent devenant, au gré du soleil, d'énormes diamants limpides, parure d'une rivière aux allures royales.
L'été
Les montagnes s'étirent de chaque côté; rochers abrupts où des arbres chétifs s'entêtent à prendre racines. Conifères et feuillus qui puisent dans les tons de vert les nuances de l'été.
La rivière se fait capricieuse. Elle s'amuse des vents de passage épousant tour à tour leur passion et leur douceur tranquille: reflet de ce que sait être ce complice volage, qui la rend parfois si violente que l'on croît a une tentative désespérée d'atteindre le soleil.
Les jours de l'été, la rivière scintille... Autant qu'elle peut, aux heures d orage, prendre à la terre ses couleurs les plus sombres.
Belle et mystérieuse rivière qui, plus que l'apparence, a aussi le goût de la mer et sa faune sauvage. Dans les plis de ses vagues se promènent tout aussi bien les truites grises, les saumons rosés, les crevettes géantes, que les requins et les bélugas.
Si personne n'y boit le liquide froid et salin de ses vagues, les rêveurs s'y nourrissent d'une poésie forte et envoûtante. Si forte et si envoûtante qu'on voudrait, parfois, être la feuille d'érable capable de prendre les teintes pourpres de la passion, pour rendre hommage à la rivière comme l'arbre à l'automne.
L'automne
Les deux saisons se confondent. L'été, l'automne, on ne sait plus très bien à laquelle la rivière réserve le plus sa fougue et sa douceur. Si ce n'était que les vents froids du soir et le ton vermeil des chaînes de montagnes n'avouent l'exaltation du temps.
C'est que la rivière n'est pas seulement un cours d'eau qui va d'un lac-mer à un fleuve-océan. La rivière est le rêve et la réalité qui se marient au détour des monts. Réalité des villes et des villages, où les gens de ce pays savent être si semblables et si uniques.
Être rayon de lune qui se pose sur la crête des vagues et se promener la nuit du lac au fleuve, d'une rive à l'autre, c'est murmurer à la fois des noms étranges et beaux: Métabetchouan-musique, Shipshaw-lumière, Jonquière-Kénogami -forêt-papier-poète, Arvida-métal, Chicoutimi - eau profonde-orgueil-ambition, La Baie-origine, Sainte-Rose-du-Nord-beauté, Tableau-insolite, Anse Saint-Jean-silence, Petit-Saguenay-tranquille et Tadoussac, où se promène, peut-être, un petit Jonathan Livingstone assoiffé d'absolu.
Rêve aussi. Échos qui survivent en légendes: Descente des femmes-mémoire des Indiennes et de la trace de leurs pas au versant d'une montagne; Cap-Trinité-peur et courage de l'Indien affrontant le monstre de la rivière et créant, dans sa victoire, le cap Trinité, montagne divisée en deux failles là où la tête monstrueuse a été fracassée, même si le monstre n'était que la cruelle rivière; et, finalement, à sa limite, la blancheur des goélands, blancs comme la neige de l'hiver.
L'hiver
L'hiver, c'est le silence.
Une nuit plus froide que les autres, une journée plus glaciale, et voilà la rivière figée, prisonnière d'une glace qui, peu à peu, va blanchir.
Alors, tout devient plus étrange encore.
Bien sûr, les gens ne s'arrêtent pas de vivre parce que la rivière se tait, ni parce que la neige est belle et se fait tendre en couvrant ainsi le long corps du Saguenay. Mais il n'y a plus de bruit de vague, plus de lutte insensée pour posséder la terre d'une seule étreinte, plus de couleurs changeantes selon les fantaisies du ciel. Elle est blanche, sans mouvement... comme endormie.
Et si un brise-glace en taille sa dure carapace, elle demeure docile... mais se referme, pour peu que le froid se saisisse d'elle.
Voilà la rivière. Voilà les saisons de la rivière. Et si je l'aime tant, c’est qu'elle sait être vivante. Là où l'humain cherche à s'installer, elle se fait mouvante, inaccessible, instable, pour nous convaincre que la vie est mouvement, pour nous dire que vivre c'est avancer. La rivière avance... va jusqu'au fleuve... se réinvente à partir de lui pour continuer vers le rêve ultime... vers la mer.
Texte publié dans Saguernay-Lac-Saint-Jean
Édition du Gaymont (1988)
14:03 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nouvelles, Saguenay, voyage, rivière


